Aubrac

Aubrac : nos villages de caractère à découvrir

Mes villages de l’Aubrac de caractère : Aubrac et sa tour des Anglais, Nasbinals et son église romane, Saint-Chély-d’Aubrac et son pont des Pèlerins classé par l’UNESCO, Laguiole et son couteau, Saint-Côme-d’Olt et son clocher tors, Estaing et son château, Marvejols et ses portes fortifiées. Sept haltes entre burons, aligot et chemin de Compostelle.

Après dix ans passées dans les vignobles du Nord-Ouest américain, je pensais avoir vu de grands espaces. Puis je suis remontée sur le plateau de l’Aubrac, à cheval sur l’Aveyron, la Lozère et le Cantal, et j’ai compris que la France gardait encore de ces horizons qui vous coupent le souffle : des estives sans clôture, des burons de pierre posés dans l’herbe, des troupeaux de vaches Aubrac au regard maquillé de noir.

Ce que j’aime ici, c’est que les villages ne trichent pas. Ils sont nés du granite, de la transhumance et du passage des pèlerins vers Saint-Jacques-de-Compostelle. On y mange l’aligot filant, on y achète un couteau forgé sur place, on y dort au son des cloches. Voici ma sélection, celle que je fais visiter à mes amis quand ils passent me voir.

Ma sélection, village par village

1. Aubrac, le village qui a donné son nom au plateau

L'église et la tour des Anglais du village d'Aubrac

© Jean-Claude Charrié, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Perché à près de 1300 mètres, ce hameau minuscule est le coeur battant du plateau. Tout est parti de la Domerie d’Aubrac, un monastère hospitalier fondé entre 1108 et 1125 pour accueillir et protéger les pèlerins qui traversaient ces hauteurs hostiles. Il en reste la tour des Anglais, bâtie en 1353 pendant la Guerre de Cent Ans et haute de 30 mètres, ainsi que l’église Notre-Dame-des-Pauvres, dont l’architecture de transition romano-gothique date de la fin du XIIe siècle. J’y viens surtout pour le silence, une fin d’après-midi, quand les cars de pèlerins sont repartis. Accès : sur la D987, entre Nasbinals et Saint-Chély-d’Aubrac, en plein sur le GR65. À voir : la tour des Anglais, l’église Notre-Dame-des-Pauvres, le grand panorama sur les estives.

2. Nasbinals, l’étape des pèlerins en Lozère

L'église romane Sainte-Marie de Nasbinals sur le plateau de l'Aubrac

© BUFO88, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Côté lozérien, entre 1080 et 1386 mètres d’altitude, Nasbinals est ma halte préférée pour la belle église romane Sainte-Marie, construite aux XIe et XIIe siècles et classée au titre des monuments historiques depuis 1921. La commune est une étape de la via Podiensis, le GR65 qui mène à Saint-Jacques : les coquilles cousues sur les sacs vous le rappellent à chaque terrasse. Sur la place du Foirail, la statue de Pierrounet honore le célèbre rebouteux du village, à qui l’on venait de loin faire remettre les os. Accès : par la D900 puis la D12, au coeur du plateau lozérien. À voir : l’église romane, le foirail, la statue de Pierrounet.

3. Saint-Chély-d’Aubrac et son pont classé par l’UNESCO

Le pont des Pèlerins de Saint-Chély-d'Aubrac sur la Boralde

© Office de Tourisme Aubrac-Laguiole-St Chély d'Aubrac, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Descendez d’Aubrac vers l’Aveyron et vous tombez sur ce village de caractère traversé par la Boralde. Son joyau est le pont des Pèlerins : situé sur la via Podiensis, il est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des chemins de Compostelle. Prenez le temps de regarder le parapet : une croix de chemin y porte, à sa base, un bas-relief représentant un pèlerin coiffé de sa cape et appuyé sur son bâton. C’est le genre de détail devant lequel je m’arrête toujours, parce qu’il raconte huit siècles de marcheurs en une seule image. Accès : par la D19 depuis Aubrac, sur le GR65. À voir : le pont des Pèlerins, la croix du pèlerin, les ruelles en pente.

4. Laguiole, le couteau et l’aligot

Un couteau de Laguiole avec sa mouche sur le ressort

© Nepomuk, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Laguiole (que l’on prononce « Laïole » dans le coin) est le village le plus connu du plateau, et pour cause. C’est ici que la coutellerie s’est installée dès 1827 et que sont nés ces couteaux à la lame effilée, reconnaissables à la petite mouche ouvragée sur le ressort, apparue autour de 1908. Ne repartez pas sans avoir goûté le fromage de Laguiole, une AOC, et l’aligot servi dans les buronniers. Sur la grand-place trône le taureau de bronze, emblème de la race locale. J’aime y flâner d’atelier en atelier pour regarder les couteliers monter les lames à la main. Accès : par la D921, au nord du plateau aveyronnais. À voir : les coutelleries et la Forge, le taureau de la place, une table où l’on sert l’aligot.

Lumière du jour
Calcul de la meilleure lumière...

La plus belle lumière pour les photos arrive autour du lever et du coucher du soleil (la golden hour). Données Open-Meteo, indicatives.

5. Saint-Côme-d’Olt et son clocher tors

Le clocher tors flammé de l'église de Saint-Côme-d'Olt

© Accrochoc, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

En redescendant vers la vallée du Lot, on quitte les estives pour un bourg médiéval labellisé parmi Les Plus Beaux Villages de France. Sa signature : le clocher tors de l’église Saint-Côme-et-Saint-Damien, une flèche vrillée sur elle-même qui intrigue tous les visiteurs. Le noyau ancien a gardé ses remparts et deux de ses trois portes fortifiées, la porte Neuve et la porte Théron, sous lesquelles on se faufile encore aujourd’hui. Un tronçon commun des GR6 et GR65 traverse la commune, preuve que les pèlerins n’ont jamais cessé de passer par là. Accès : par la D987, dans la vallée du Lot. À voir : le clocher tors, les portes fortifiées, les ruelles du centre ancien.

6. Estaing, château et vieux pont sur le Lot

Le château et le vieux pont d'Estaing sur le Lot

© Père Igor, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Un peu plus bas sur le Lot, Estaing aligne les cartes postales et figure lui aussi parmi Les Plus Beaux Villages de France. Le château domine le bourg : classé au titre des monuments historiques en 1945, il date pour l’essentiel du XVe siècle. Au pied des maisons, le vieux pont gothique enjambe la rivière ; construit à partir de 1490 et inscrit au titre des monuments historiques en 2005, il est lui aussi une étape reconnue sur les chemins de Compostelle. Je vous conseille d’arriver en fin de journée, quand la lumière dore le schiste des façades. Accès : par la D920, dans la vallée du Lot. À voir : le château, le vieux pont, les ruelles fleuries.

7. Marvejols, la cité aux portes d’Henri IV

La porte du Soubeyran, porte fortifiée de Marvejols

© Marvejolais48, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Aux portes sud du plateau, en Lozère, Marvejols garde ses trois portes fortifiées : la porte du Soubeyran (du XIVe siècle), la porte de Chanelles et la porte du Théron. La ville a été reconstruite grâce au soutien d’Henri IV après 1589, ce que rappelle la statue en bronze du roi signée Emmanuel Auricoste, exécutée sur place en 1954. Le même sculpteur a laissé, non loin, une saisissante Bête du Gévaudan (1958), clin d’oeil aux légendes qui hantent encore ces terres. C’est ma porte d’entrée préférée pour attaquer l’Aubrac par le sud. Accès : par la N9 ou l’A75, avec une gare en centre-ville. À voir : les trois portes fortifiées, la statue d’Henri IV, la Bête du Gévaudan.

À emporter

Quand venir et comment circuler sur l’Aubrac

Si je ne devais retenir qu’une saison, ce serait la fin du printemps, autour de la transhumance : fin mai, les troupeaux montent aux estives, fleuris de bouquets, et le plateau se couvre de narcisses et de jonquilles. L’été reste doux en altitude, l’automne offre des couleurs magnifiques, mais l’hiver ferme beaucoup de burons et de tables, alors vérifiez les ouvertures avant de partir.

Pour circuler, la voiture est votre meilleure alliée : les distances entre villages sont courtes mais les routes serpentent, comptez toujours un peu plus de temps que le kilométrage annonce. Faites le plein d’aligot et de fourme, ralentissez, laissez les vaches Aubrac traverser, et surtout coupez le GPS de temps en temps pour vous perdre entre deux burons. C’est là, je vous assure, que l’Aubrac se donne vraiment.