Mes plus beaux villages de la Dordogne (Périgord) : Beynac-et-Cazenac et son château dressé sur la falaise, La Roque-Gageac blottie au pied de sa paroi, Domme et son belvédère sur la vallée, Castelnaud-la-Chapelle et sa forteresse, Limeuil au confluent de la Dordogne et de la Vézère, la bastide de Monpazier et sa place des Cornières, Saint-Léon-sur-Vézère dans son méandre, Saint-Jean-de-Côle et son vieux pont, et Saint-Amand-de-Coly avec son église abbatiale fortifiée.
Après dix ans passés dans les vignobles du Nord-Ouest américain, je suis rentrée en France avec une envie de pierres blondes, de rivières paisibles et de villages qui racontent le Moyen Âge à ciel ouvert. La Dordogne, le Périgord des châteaux et des bastides, m’a tout de suite conquise. Ici, on suit les méandres d’une rivière superbe, on grimpe vers des forteresses qui se faisaient face pendant la guerre de Cent Ans, et on s’attable devant une assiette de noix, de foie gras et de vin de Bergerac.
Je vous emmène dans neuf villages que j’aime pour de vraies raisons : leur patrimoine, leur situation au bord de l’eau, ce qu’on y ressent une fois la voiture garée. Tous sont classés parmi les Plus Beaux Villages de France, et pourtant chacun a sa personnalité. Voici ma sélection, en toute subjectivité.
La plus belle lumière pour les photos arrive autour du lever et du coucher du soleil (la golden hour). Données Open-Meteo, indicatives.
Ma sélection, village par village
1. Beynac-et-Cazenac

© Jebulon, CC0, via Wikimedia Commons
C’est le village qui incarne, pour moi, toute la Dordogne des châteaux. Beynac s’accroche à une falaise abrupte, son château du XIIe siècle veillant sur la rivière du haut de la roche. La forteresse fut prise par Simon de Montfort pendant la croisade des albigeois, avant d’être rendue à la famille de Beynac par l’intervention de Philippe Auguste en 1217. J’aime monter jusqu’à la terrasse du château : le panorama sur la vallée, avec la Dordogne qui serpente en contrebas et Castelnaud en face, est l’un des plus beaux du Périgord. À voir : le château médiéval, les ruelles pavées qui grimpent vers le sommet, la vue sur la vallée. Accès : par la D703 qui longe la Dordogne, entre Sarlat et Saint-Cyprien.
2. La Roque-Gageac

© Benjamin Smith, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
La Roque-Gageac, c’est la carte postale de la Dordogne : une rangée de maisons de pierre blottie entre la rivière et une haute falaise exposée plein sud. Ce microclimat a permis d’installer un jardin exotique où poussent bananiers et bambous, en plein Périgord. Au XVIIIe siècle, le port recevait chaque année environ deux cents gabarres, ces barques à fond plat qui descendaient le vin et le bois. On peut d’ailleurs revivre cette époque en embarquant sur une gabarre reconstituée. Le fort troglodytique creusé dans la paroi, fermé après un effondrement en 2010, a rouvert en 2020. À voir : le jardin exotique, une balade en gabarre, le fort troglodytique. Accès : par la D703 entre Vitrac et Vézac.
3. Domme

© Chevalier Georges, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Domme est ma bastide préférée pour le panorama. Fondée en 1281 par le roi Philippe III le Hardi, elle est perchée sur une falaise qui domine la vallée de la Dordogne. Depuis le belvédère de la Barre, la vue embrasse la rivière, les peupliers et les villages voisins : je ne m’en lasse jamais. Sous la halle du village s’ouvre une grotte qui servit de refuge aux habitants pendant la guerre de Cent Ans et les guerres de Religion. Ne manquez pas la porte des Tours, où des Templiers emprisonnés au début du XIVe siècle ont laissé d’émouvants graffitis. À voir : le belvédère de la Barre, la grotte sous la halle, la porte des Tours et ses graffitis. Accès : par la D46 depuis Cénac, en montant sur le promontoire.
4. Castelnaud-la-Chapelle

© Benjamin Smith, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Juste en face de Beynac, sur l’autre rive, Castelnaud lui répond avec sa propre forteresse. Pendant la guerre de Cent Ans, les deux châteaux se faisaient la guerre : Castelnaud, tenu par les Anglais, défiait Beynac resté fidèle au roi de France. Aujourd’hui, le château (XIIe-XIVe siècle) abrite un passionnant musée de la guerre au Moyen Âge, avec ses machines de siège grandeur nature qui ravissent les enfants. À deux pas, le château des Milandes rappelle le souvenir de Joséphine Baker, qui en fit son « village du monde ». À voir : le château et son musée, les Milandes, la vue sur le confluent du Céou et de la Dordogne. Accès : par la D57 depuis Beynac, en franchissant le pont.
5. Limeuil

© JGS25, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons
Limeuil occupe un site que j’adore : le confluent exact de la Dordogne et de la Vézère, souligné par deux ponts qui se rejoignent presque à angle droit. Le village étage ses ruelles en pente vers le sommet, où l’ancien château a laissé place aux jardins panoramiques de Limeuil, un beau parc paysager qui domine la rencontre des deux rivières. En été, la petite plage au pied du bourg est l’endroit rêvé pour se baigner ou mettre un canoë à l’eau. À voir : les jardins panoramiques, la plage à la confluence, les ruelles médiévales. Accès : par la D31 depuis Le Bugue ou Trémolat.
6. Monpazier

© MOSSOT, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons
Si vous voulez comprendre ce qu’est une bastide, allez à Monpazier : c’est la plus intacte de toutes. Fondée en 1284 par un contrat de paréage entre le roi d’Angleterre Édouard Ier et le seigneur de Biron, elle a gardé son plan en damier presque parfait. Le coeur en est la place des Cornières, bordée de maisons à arcades (les couverts) datant du XIIIe au XVIIe siècle, qui a traversé les siècles et les guerres sans perdre son harmonie. J’aime m’y poser un jour de marché, sous les arceaux de pierre. Le village a reçu le label Ville et Métiers d’Art en 2019. À voir : la place des Cornières, la halle et ses vieilles mesures à grains, l’église Saint-Dominique. Accès : par la D660 depuis Beaumont-du-Périgord.
7. Saint-Léon-sur-Vézère

© Renhour48, CC0, via Wikimedia Commons
On quitte ici la Dordogne pour sa voisine la Vézère, mais le charme est intact. Saint-Léon-sur-Vézère se love dans un méandre paisible de la rivière, au coeur de la vallée de la préhistoire. Sa merveille, c’est l’église romane Saint-Léonce du XIIe siècle, couverte de lauzes et posée juste au bord de l’eau, classée monument historique depuis 1942. Le village est labellisé parmi les Plus Beaux Villages de France depuis 1983. C’est aussi une base idéale pour rayonner vers Lascaux et les sites préhistoriques tout proches. À voir : l’église romane au bord de la Vézère, le château de Clérans, la plage sur la rivière. Accès : par la D706 entre Montignac et Les Eyzies.
8. Saint-Jean-de-Côle

© Traumrune, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Cap au nord du département, dans le Périgord vert, pour un village plus confidentiel que j’aime énormément. Saint-Jean-de-Côle s’organise autour de sa rivière, la Côle, qu’enjambe un vieux pont du XIIe siècle inscrit aux monuments historiques depuis 1925. Face à lui, l’ancienne église prieurale Saint-Jean-Baptiste, romane, présente une architecture insolite avec son transept jadis coiffé d’une coupole. Le château de la Marthonie et la halle complètent ce tableau d’une rare unité. Chaque année au mois de mai, les Floralies transforment le village en jardin depuis 1982. À voir : le pont médiéval, l’église et ses chapiteaux sculptés, le château de la Marthonie, la halle. Accès : par la D78 depuis Thiviers.
9. Saint-Amand-de-Coly

© Père Igor, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Je termine par un coup de coeur plus discret, tout en pierre dorée. Saint-Amand-de-Coly s’est développé autour de son abbaye augustinienne du XIIe siècle, dont subsiste une extraordinaire église abbatiale fortifiée, souvent citée parmi les plus belles du Périgord. Classée monument historique depuis 1965, elle impressionne par sa haute nef et son allure de forteresse, protégée jadis par des remparts dont on devine encore les traces. Le village, tout proche de Montignac-Lascaux (environ 8 km) et à une vingtaine de kilomètres de Sarlat, se visite dans un calme absolu. À voir : l’église abbatiale fortifiée, les vestiges des défenses, le hameau de pierre. Accès : par la D64 depuis Montignac.
À emporter
Mes conseils pour un beau voyage en Dordogne
Mon meilleur souvenir de la région, c’est une descente en canoë sur la Dordogne, au fil de l’eau, avec les silhouettes de Beynac et de Castelnaud qui se dressaient au-dessus de moi : la plus belle façon de comprendre pourquoi tant de forteresses ont poussé ici. Si vous avez le temps, je vous conseille de suivre la vallée d’ouest en est, de Limeuil à Domme, en vous arrêtant dans chaque village au gré de vos envies, puis de remonter vers le Périgord vert pour Saint-Jean-de-Côle et l’abbatiale de Saint-Amand-de-Coly.
Quant à la meilleure période, je le redis : visez mai-juin ou septembre. Vous aurez la lumière douce sur la pierre dorée, les jardins en pleine forme et l’eau assez chaude pour le canoë, sans la cohue de l’été. La Dordogne se mérite un peu, se savoure lentement, et se révèle surtout à ceux qui prennent le temps de flâner. Bon voyage en Périgord.