Mes plus beaux châteaux de Bretagne, dans les quatre départements : Fort la Latte accroché à son cap près de Fréhel, le château de Josselin et sa façade Renaissance des Rohan, Suscinio l’ancienne résidence des ducs face à l’Atlantique, la forteresse médiévale de Fougères et ses deux hectares de remparts, le château triangulaire de Vitré, Combourg hanté par le souvenir de Chateaubriand, le domaine Belle Époque de Trévarez et ses rhododendrons, et Kerjean, joyau Renaissance du pays du Léon.
Après dix ans passés dans les vignobles du Nord-Ouest américain, je suis rentrée en France avec une soif de vieilles pierres et d’histoires bien racontées. La Bretagne, je l’ai d’abord aimée pour ses côtes et ses ports, puis pour ses châteaux : des forteresses de granit posées sur des caps battus par le vent, des demeures ducales cernées de douves, des façades Renaissance qui se mirent dans l’eau. Ici, un château n’est jamais un simple décor : c’est une frontière disputée, une résidence de duc, un souvenir d’enfance d’écrivain.
Je vous emmène visiter huit châteaux que j’aime pour de vraies raisons : leur situation, leur histoire, ce qu’on y ressent une fois le pont-levis franchi. Du cap Fréhel au pays du Léon, en passant par le Morbihan et le pays de Fougères, voici ma sélection, en toute subjectivité.
La plus belle lumière pour les photos arrive autour du lever et du coucher du soleil (la golden hour). Données Open-Meteo, indicatives.
Ma sélection, château par château
1. Fort la Latte

© Sullenski, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
C’est mon château breton préféré pour la mise en scène : Fort la Latte s’accroche à un cap rocheux de la commune de Plévenon, tout près du cap Fréhel, isolé de la terre par une faille qu’on franchit sur un pont-levis. La construction commence dans les années 1340 et le donjon date de 1365-1370. En 1379, au retour d’exil du duc Jean IV, la place fut assiégée par le connétable Bertrand Du Guesclin en personne. J’aime m’attarder dans la basse-cour devant le four à boulets, une rareté qui servait à chauffer les projectiles pour incendier les navires ennemis. À voir : le donjon, le four à boulets, la chapelle et le panorama vers le cap Fréhel. Accès : à Plévenon, par la D16a puis un sentier depuis le parking, comptez dix minutes de marche.
2. Château de Josselin

© Tsaag Valren, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Vu depuis l’Oust, Josselin coupe le souffle : ses trois tours de schiste plongent dans l’eau, tandis que la façade côté cour déploie une dentelle de granit Renaissance sculptée entre 1495 et 1506. Le château appartient à la famille de Rohan depuis Olivier V de Clisson, qui édifia à partir de 1370 une puissante enceinte de neuf tours. En 1629, le cardinal de Richelieu fit démanteler le donjon et trois tours pour punir Henri II de Rohan, chef des protestants. Les Rohan y vivent toujours, et l’ancienne écurie abrite un surprenant musée de poupées. À voir : la façade Renaissance de la cour, les jardins à la française, le musée de poupées et jouets. Accès : au cœur de Josselin, au bord du canal de Nantes à Brest.
3. Château de Suscinio

© DXR (Daniel Vorndran), CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Suscinio, c’est le château des ducs de Bretagne face à l’océan. Il se dresse sur la presqu’île de Rhuys, à Sarzeau, cerné de larges douves, à deux pas des plages du golfe du Morbihan. Mentionné dès 1218 sous Pierre de Dreux, il devint la résidence de plaisance des ducs, entre chasse et bord de mer. Pris par les troupes françaises en 1491, il tomba ensuite en ruine avant d’être sauvé : Prosper Mérimée en visite les vestiges en 1835 et le fait classer en 1840. Ne manquez surtout pas le pavement de mosaïque médiévale de la chapelle, environ 270 m² restaurés et présentés à l’intérieur. À voir : le pavement médiéval, les douves, le chemin de ronde et la vue sur l’Atlantique. Accès : à Sarzeau, sur la presqu’île de Rhuys, au sud du golfe du Morbihan.
4. Château de Fougères

© Daniel Jolivet, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons
Fougères, c’est le choc d’échelle. Cette forteresse médiévale occupe près de deux hectares dans la ville basse, ceinte de trois enceintes et de tours massives : la tour Mélusine du XIVe siècle, la tour Raoul du XVe. Reconstruite en pierre vers 1176 par Raoul II après le siège d’Henri II Plantagenêt en 1166, elle a défendu la frontière du duché face au royaume de France pendant des siècles. En 1449, l’attaque nocturne de François de Surienne et de ses 600 hommes relança la guerre entre la France et l’Angleterre. Un parcours scénographique vous guide aujourd’hui de tour en tour. À voir : les remparts, la tour Mélusine, le chemin de ronde et la vue depuis le jardin public. Accès : dans la ville basse de Fougères, en contrebas du centre historique.
5. Château de Vitré

© Moonik, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
À une trentaine de kilomètres de Fougères, Vitré compose l’autre grande sentinelle du pays de la frontière. Son plan triangulaire, dessiné dès le XIIe siècle sur un éperon rocheux, se hérisse de tours à poivrières et d’un gros donjon circulaire, avec un châtelet d’entrée à double pont-levis. En 1589, la place résista cinq mois durant à un siège mené par le duc de Mercoeur pendant les guerres de la Ligue. La tour Saint-Laurent abrite aujourd’hui un musée, et la mairie s’est installée dans l’enceinte. Vitré figure parmi les tout premiers châteaux classés monument historique, dès 1872. À voir : le chemin de ronde, le musée de la tour Saint-Laurent, le châtelet d’entrée. Accès : à l’extrémité ouest de la vieille ville de Vitré, au bout de la rue Notre-Dame.
6. Château de Combourg

© Calips, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Combourg, je le visite comme on entre dans un livre. Édifié du XIIe au XVe siècle à mi-chemin entre Rennes et Saint-Malo, ce château massif à quatre tours fut acquis en 1761 par René-Auguste de Chateaubriand, qui y installa sa famille en 1777. C’est ici que le jeune François-René passa une adolescence sombre et solitaire, qu’il a immortalisée dans ses Mémoires d’outre-tombe : sa chambre se trouvait tout en haut de la Tour du Chat, et il baptisa l’étang voisin son « lac tranquille ». Le parc, redessiné à l’anglaise dans les années 1860-1870, se prête à une belle promenade. À voir : la chambre de Chateaubriand dans la Tour du Chat, les salons, le parc et l’étang. Accès : au centre de Combourg, entre Rennes et Saint-Malo par la N137 puis la D795.
7. Domaine de Trévarez

© GO69, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Changement d’époque avec Trévarez, le seul château vraiment récent de ma sélection, et l’un de mes préférés au printemps. Édifié entre 1893 et 1907 pour la famille de Kerjégu, en pleine Belle Époque, il affiche un style néogothique flamboyant et fut, pour son temps, une prouesse de confort moderne. Occupé par l’armée allemande, il fut bombardé par la Royal Air Force les 4 et 5 août 1944, ce qui explique son aile ouest encore marquée. Le département du Finistère l’a racheté en 1968. Aujourd’hui, on vient surtout pour son parc de 85 hectares classé Jardin remarquable et sa collection nationale de rhododendrons, spectaculaire d’avril à juin. À voir : les rhododendrons et camélias au printemps, le château et ses expositions, les mises en lumière de Noël. Accès : à Saint-Goazec, dans la vallée de l’Aulne, au coeur du Finistère.
8. Château de Kerjean

© Moreau.henri, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Pour finir, je vous emmène au pays du Léon, dans le nord du Finistère, découvrir Kerjean. Construit entre 1545 et 1596 par la riche famille Barbier, ce château Renaissance associe l’élégance italienne à la robustesse d’une place forte : une vaste enceinte de granit flanquée de petits bastions, un colombier monumental, un puits à colonnes et une chapelle. En 1618, le roi Louis XIII érigea Kerjean en marquisat, le tenant pour l’une des plus belles demeures de France. La dernière marquise fut guillotinée en 1794, et l’État racheta le domaine en 1911. Il est aujourd’hui géré par le Finistère et présente un beau mobilier breton. À voir : l’enceinte et ses bastions, le puits Renaissance, la chapelle et le mobilier breton. Accès : à Saint-Vougay, entre Landivisiau et Saint-Pol-de-Léon.
Mon itinéraire et mes conseils pour visiter
Si vous avez trois ou quatre jours, je vous conseille de suivre la géographie plutôt que le calendrier. Commencez par la côte nord et Fort la Latte, près du cap Fréhel, puis descendez sur le pays de Fougères et Vitré, deux forteresses jumelles à moins d’une heure l’une de l’autre. Poussez ensuite jusqu’à Combourg, sur la route de Saint-Malo, avant de filer vers le Morbihan pour Josselin et Suscinio. Le Finistère et ses deux merveilles, Trévarez et Kerjean, méritent à eux seuls une escapade dédiée dans l’ouest.
À emporter
Ces huit châteaux ne racontent pas la même Bretagne : les uns défendaient une frontière, les autres recevaient les ducs ou abritaient les rêves d’un écrivain. C’est justement ce que j’aime ici : passer, en quelques kilomètres, du granit rugueux d’une forteresse à la dentelle d’une façade Renaissance. Alors garez la voiture, franchissez le pont-levis, et laissez-vous raconter neuf siècles d’histoire bretonne.