Mes plus beaux villages des Cévennes, entre Lozère et Gard : Sainte-Énimie au fond des gorges du Tarn, Florac la capitale du Parc national, Le Pont-de-Montvert et sa mémoire camisarde, le hameau fortifié de La Garde-Guérin, Meyrueis au bord de la Jonte, Anduze la porte des Cévennes, Saint-Jean-du-Gard au bout du chemin de Stevenson, et La Roque-sur-Cèze perchée au-dessus des cascades du Sautadet.
Après dix ans passés dans les vignobles du Nord-Ouest américain, je suis rentrée en France avec une envie de montagnes habitées, de pierres sèches et de villages qui ont une histoire à raconter. Les Cévennes m’ont happée dès le premier voyage. Ici, on ne visite pas des cartes postales : on marche sur des causses balayés par le vent, on descend au fond de gorges taillées dans le calcaire, on pousse la porte de temples protestants qui ont traversé les guerres de Religion.
Je vous emmène dans huit villages que j’aime pour de vraies raisons : leur patrimoine, leur situation, ce qu’on y ressent une fois la voiture garée. Certains sont classés parmi les Plus Beaux Villages de France, d’autres non, mais tous méritent le détour. Voici ma sélection, en toute subjectivité.
La plus belle lumière pour les photos arrive autour du lever et du coucher du soleil (la golden hour). Données Open-Meteo, indicatives.
Ma sélection, village par village
1. Sainte-Énimie

© Pierre Bona, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
C’est le village qui me sert de porte d’entrée dans les Cévennes du nord. Sainte-Énimie s’accroche au flanc du causse de Sauveterre, au cœur des gorges du Tarn, ses ruelles pavées dévalant vers la rivière. J’aime y flâner autour de l’église Notre-Dame-du-Gourg (XIVe siècle) et des vestiges de l’ancien monastère, avec sa crypte et sa salle capitulaire. Classé parmi les Plus Beaux Villages de France, le bourg est aussi le point de départ idéal pour une descente en canoë ou une visite du hameau troglodytique de Castelbouc, tout proche. Accès : par la D907bis qui longe le Tarn, entre Ispagnac et Le Rozier. À voir : le monastère, les ruelles médiévales, et le Tarn en canoë.
2. Florac

© Pierre Bona, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Florac, je la considère comme la vraie capitale du massif. La commune s’étend à la confluence de trois rivières (le Tarn, le Tarnon et la Mimente), au pied des falaises du causse Méjean. Son château, reconstruit en 1652, abrite aujourd’hui le siège du Parc national des Cévennes : autant vous dire que c’est l’endroit parfait pour comprendre la région avant de partir sur les sentiers. Je m’y arrête toujours pour boire un café en terrasse et écouter la source du Pêcher. Accès : sur la N106 entre Mende et Alès. À voir : le château et le siège du Parc, la source du Pêcher, les départs de randonnée vers le Méjean.
3. Le Pont-de-Montvert

© Gitarre52, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Voici un village où l’Histoire affleure à chaque pierre. Le Pont-de-Montvert s’installe sur le versant méridional du mont Lozère, traversé par le Tarn qui prend sa source à quelques kilomètres. C’est ici, le 24 juillet 1702, que débuta la guerre des camisards avec la mise à mort de l’abbé du Chayla, épisode fondateur de la résistance protestante cévenole. Le pont qui donne son nom au village est inscrit au titre des monuments historiques. Je vous conseille de monter ensuite sur le mont Lozère : la lumière y est unique. Accès : par la D998 depuis Florac. À voir : le pont médiéval, la tour de l’horloge, et l’écomusée du Mont Lozère.
4. La Garde-Guérin

© Anthony Morel, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
La Garde-Guérin, c’est mon coup de cœur secret. Ce hameau fortifié (commune de Prévenchères) veille sur un plateau en bordure du Chassezac, tout en pierre grise et toits serrés. Sa tour carrée du XIIe siècle, un ancien donjon d’environ 21,5 mètres, dominait jadis le chemin de Régordane (l’actuel GR700), gardé par une communauté de chevaliers pariers qui prêtaient serment à l’évêque de Mende et prélevaient un péage sur les voyageurs. Ne manquez pas l’église romane Saint-Michel et ses chapiteaux sculptés. Accès : par la D906 vers Villefort, puis la petite route du hameau. À voir : la tour et son panorama, l’église Saint-Michel, les ruelles pavées.
5. Meyrueis

© GerritR, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Meyrueis marque, pour moi, la bascule vers les Cévennes des grands sites souterrains. Le village se love dans la vallée de la Jonte, entre le causse Méjean au nord et les contreforts du mont Aigoual au sud-est. On y admire la tour de l’Horloge, reconstruite en 1568, et le château de Roquedols niché dans les bois à deux pas. Surtout, Meyrueis sert de camp de base rêvé pour explorer les merveilles alentour : la grotte de Dargilan et les gorges de la Jonte, où planent parfois les vautours. Accès : par la D996 qui longe la Jonte depuis Le Rozier. À voir : la tour de l’Horloge, le château de Roquedols, la grotte de Dargilan.
6. Anduze

© Calips, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
On l’appelle la porte des Cévennes, et le surnom est mérité : Anduze garde l’entrée du massif, au bord du Gardon d’Anduze. C’est une terre protestante de longue date, qui abrita le premier temple de France en 1567 et dont le Grand Temple (1820-1823) reste l’un des plus vastes temples réformés du pays. Les amateurs de jardins filent à Générargues, tout proche, découvrir la Bambouseraie en Cévennes et sa forêt de bambous géants (celle de ma photo). Petit plaisir enfantin : embarquer dans le train à vapeur des Cévennes qui grimpe jusqu’à Saint-Jean-du-Gard. Accès : par la D907 depuis Alès. À voir : la Bambouseraie, le Grand Temple, et le célèbre vase d’Anduze chez les potiers locaux.
7. Saint-Jean-du-Gard

© Georges Seguin (Okki), CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Si vous aimez la marche, ce village vous parlera : Saint-Jean-du-Gard est le terminus du chemin de Stevenson (le GR70), qui retrace le périple accompli en 1878 par l’écrivain écossais Robert Louis Stevenson, raconté dans son Voyage avec un âne dans les Cévennes. C’est aussi ici qu’arrive le train à vapeur des Cévennes depuis Anduze, un trajet qui séduit chaque année environ 150 000 voyageurs. Je m’attarde toujours au musée des vallées cévenoles, installé à la Maison Rouge, pour comprendre la vie d’autrefois dans ces montagnes. Accès : par la D907 depuis Anduze. À voir : le musée Maison Rouge, le vieux pont sur le Gardon, l’arrivée du train à vapeur.
8. La Roque-sur-Cèze

© Vi..Cult..., CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Pour clore ma tournée, je descends aux confins méridionaux du massif, dans le Gard, à La Roque-sur-Cèze. Ce village perché, classé Plus Beaux Villages de France depuis 2007, aligne ses maisons de pierre le long de ruelles pavées qui grimpent vers une chapelle romane. En contrebas, la Cèze franchit le pont médiéval Charles-Martel (début du XIVe siècle, douze arches, classé monument historique en 1980) avant de dévaler les fameuses cascades du Sautadet, une succession de vasques et de marmites de géants creusées dans la roche. Accès : à quelques minutes de Bagnols-sur-Cèze. À voir : les cascades du Sautadet, le pont Charles-Martel, le village perché et sa chapelle.
Quand y aller et comment circuler
Les Cévennes se savourent lentement. Je vous conseille d’y consacrer au moins trois ou quatre jours, en choisissant un ou deux camps de base (Florac au nord, Anduze au sud) plutôt que de tout enchaîner au pas de course. La voiture reste indispensable : les distances paraissent courtes sur la carte, mais les routes de montagne serpentent et l’on roule rarement vite, ce qui fait aussi tout le charme du voyage.
Côté saison, je reviens toujours au printemps et au début de l’automne : les couleurs sont splendides, les gorges accessibles et les villages vivants sans être saturés. Prévoyez de bonnes chaussures, une gourde et de quoi vous couvrir, car sur les causses et le mont Lozère la météo change vite. Le reste, laissez-le aux Cévennes : elles savent très bien vous surprendre.